théâtre C'EST QUOI ÊTRE NORMAL.E ? Du théâtre et de la danse pour faire tomber les masques...

Nonchalante, démissionnaire notre jeunesse ? Et bien non !

Pendant la première semaine des vacances de la Toussaint, 9 adolescent.e.s masqué.e.s se sont mis au travail pour nous offrir un moment sensible et vivifiant. Une respiration nécessaire en cette période.

Ce projet, qui s’inscrit dans le cadre du Contrat Local d’Éducation Artistique (CLÉA), a été coordonné par Pauline Sales, artiste associée, autour de son spectacle Normalito *.
Un spectacle qui tombait à point nommé pour interroger les jeunes participants sur la normalité, les différences, le genre, le handicap. Et surtout, l’occasion de continuer à se projeter et rêver ensemble. 

* Annulé en raison du confinement, Normalito est reporté au dimanche 13 juin 2021 à 16h.

 

Ils ne se connaissaient pas en arrivant au Théâtre et pourtant, ils ont créé ensemble et dans une immédiate complicité, un travail d’une grande beauté.
Pendant 5 après-midis, ces jeunes choisyens âgés de 14 à 27 ans se sont entièrement investis dans les ateliers théâtre et danse, guidés par un duo de choc : Aurélie Mouilhade (danseuse et chorégraphe) et Anthony Poupard (comédien à découvrir dans le spectacle Normalito de Pauline Sales)

 


* Normalito devait jouer le 15 novembre dernier, il sera reporté au dimanche 13 juin 2021 prochain.

En milieu de semaine, Jean-Louis Fernandez , grand photographe de scène a rejoint le groupe pour capturer ces instants chorégraphiques éphémères.
Ce magnifique témoignage en noir et blanc a été projeté lors de la restitution publique de fin de stage. Les photos seront également compilées dans un livret qui sera remis aux participants, en souvenir de cette semaine si particulière pour chacun.
Enfin, une exposition d’une quinzaine de ces clichés sera présentée au théâtre, à partir du 13 juin 2021.

 

« Dieu merci nous ne sommes pas à l’école ! »

Pour commencer, assis en rond dans la petite salle, chacun.e prend place. Après le tour de table, Anthony prévient, « Tout ce qui naîtra pendant ce stage émanera de vous. En réalité, le théâtre n’est finalement qu’un gros prétexte pour se rencontrer ». Les trois maîtres mots du projet : « douceur, bienveillance, joie de vivre ». Première à prendre la parole, Dalya déclare « Si je suis là c’est que je ne suis pas à l’aise à l’oral, j’aimerais réussir à dépasser mes peurs ». Ce à quoi Anthony rétorque « Ce qui n’est pas normal c’est qu’on ait pu te mettre cette idée dans la tête alors que tu es la première du groupe à avoir pris la parole pour t’exprimer, non ? »

Après les premiers exercices de présentations par binômes, chacun.e exprime sa vision de la normalité ou de l’anormalité et Safa poursuit : « Au théâtre c’est la différence qui prime, on fait jeu de tout, c’est ce qui me plaît ».

En jeu sur scène, Anthony précise « Même quand on est dans les gradins, on est au travail ! On écoute, on est bienveillant.e.s. Si l’accident arrive comme un oubli du texte, ne commentons pas, voyons plutôt ce qui se passe et jouons de cela ». 
 

Dansez sinon nous sommes perdus ! (Pina Bausch)

Puis c’est au tour d’Aurélie de lancer des pistes de jeu en collectif pour apprivoiser son corps et l’espace. Les playlists s’enchainent de Juliettre Greco et son " Je suis comme je suis " tout trouvé pour évoquer le respect des différences, à la house délurée de Nails, Hair, Hips, Heels (Todrick Hall), nos participant.e.s se laissent bientôt aller aux déhanchés les plus remarquables... 
 

On défile, on parade, on s'amuse ! Après les traversées au plateau, Aurélie propose un autre exercice : "Essayons d’imaginer des sensations pour faire surgir le geste ». Une nappe électrique, une enveloppe liquide, métallique parcours les corps, le fait se contracter ou se décontracter. Toutes ces indications aident à mettre des images pour faire surgir les gestes, mieux les appréhender. Les courtes phrases dansées seul.e.s ou en binômes serviront à nourrir le travail de restitution. 
 

Bizarre, vous avez dit bizarre ?!

Il faut aller vite, les jours défilent. Après un exercice d’écriture sur la normalité, à partir du travail au plateau et des témoignages réels ou fictifs des jeunes, Anthony propose une réécriture. 
Le scène est posée, son titre issu d'un texte écrit par l'une de nos participante Les gens nés avant 1990 sont des êtres normaux.


Les contre-emplois prennent tout leurs sens et mettent en relief un jeu autour de l'absurde. Les rôles y sont inversés, les plus petits contrôlent les plus grands désormais. Dans ce jeu sur ce qui fait l'hors-norme ou le singulier, les contraintes deviennent des forces, le "bizarre", une convention.

Au plateau tout est  possible, le handicap de Paul n’en est plus un. Il ne peut pas marcher ou danser comme les autres. Peu importe, il sera grand gourou ou leur professeur de Pôle dance. Dans les jeux en chœur, sa démarche devient la norme, sa câne : une barre de Pole dance. Les rapports de force s’inversent, le collectif prend tout son sens.

 

 

Vendredi soir en grande salle, les masques anti-covid qui gênaient au premier jour sont de nouveaux accessoires de jeu dont on s'empare au moment de saluer devant une trentaine de personnes. Dans une gracieuse revérence, ils se baissent doucement, pour faire enfin apparaître le doux visage de nos héro.ine.s...


Anthony : "Nous avons pour habitude de travailler avec un public plus jeune (des collégiens et collégiennes) et en plein air. Ce fut une véritable joie de rencontrer Keyliah, Séphora, Mennel, Tininhane, Dalya, Elisa, Safa, Sacha & Paul et de pouvoir jouir du plateau et d’une équipe technique et administrative disponible. Tout le monde a joué le jeu. Un jeu dont on a définit ensemble tous les contours en cinq jours à peine puisqu’à part le jour, l’heure et le lieu où nous allions présenter la restitution, on ne savait pas grand chose de notre histoire d’"a-normaux et d’ a-normales". On a écrit, on a marché, on a couru, on a dansé, on a dit des mots dans un micro, d’autres plutôt hurlés sans support, et puis on a beaucoup échangé sur le sens de ce grand bazar qui jour après jour devenait notre précieux bordel. Bref. Pas grand-chose de très novateur. Juste un peu de chance - l’harmonie du groupe - et beaucoup d’accompagnement - celui du Théâtre Paul Eluard et particulièrement la présence indispensable d’Alexandra. On s’est rencontré.  On sait que ça a eu lieu. Ça restera enfoui en nous pour de bon un bon moment. Donc sur une échelle de 1 à 10, puisque dans le monde normal tout est sur une échelle de 1 à 10, et bah on met 10. Sans conteste. "
 

Dalya :  " L'expérience avec vous m'a vraiment marqué positivement, j'ai juste envie que le confinement se termine pour pouvoir jouer encore ! "
 

 Elisa : " Personnellement j’ai hâte aussi qu’on reprenne nos vies comme avant même si ça paraît compliqué... Le théâtre me manque je pensais pas que ça me manquerait autant j’ai vraiment adoré cette expérience et j’espère pouvoir la réitérer bientôt avec Aurélie et toi et tous mes compatriotes évidemment. "

Keyliah : "J’ai vraiment apprécié le stage avec vous je faisais du théâtre depuis un moment mais ça m’a quand même paru différent et c’est ça que j’ai apprécié. J’avais quand même un peu de mal avec la danse mais finalement c’était pas si dramatique !  J’ai rencontré des personnes hyper intéressante pendant ce stage et peu être que vous me manquez tous un peu

Pratique

Un projet réalisé avec le soutien de la DRAC Île-de-France et du CGET, dans le cadre du Contrat Local d’Éducation Artistique (CLÉA) avec les villes de Choisy-le-Roi, Valenton et Villeneuve-Saint-Georges.
 

 

Plus d'infos sur :

 

Pauline Sales

Normalito

Jean-Louis Fernandez

 

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