Le Mur des artistes / Marion Siéfert

Marion Siéfert, artiste associée pour la saison 2021/2022, donne carte blanche à Ayoko Rose Folly pour habiter l’un des murs du Théâtre. À découvrir durant toute la saison. En accès libre, Café du Théâtre.
 

« J’ai rencontré Rose un soir d’avril 2016. Matthieu Bareyre, mon collaborateur artistique, tournait L’Époque, son premier long-métrage, et il était rentré de sa session de tournage bouleversé : il venait de rencontrer une fille absolument extraordinaire. C’était Rose, elle apparaissait sur l’écran pour la première fois et dans les semaines qui ont suivi, il n’a pas arrêté de la filmer.

Rose est devenue une amie, quelqu’un dont j’ai découvert l’esprit et le travail artistique, polymorphe et tentaculaire, qu’elle mène sous le nom d’Ayoko : écriture, photographie, œuvres graphiques, détournement d'affiches. J’admire son écriture, son rapport à la lumière, son sens aigu de la relation à l’autre et son art de vivre. Je me sens proche d’elle car elle a un sens vivant de la poésie, avec un style inimitable, énergique, drôle et profond en même temps. Lorsqu’on se promène ensemble, elle remarque des phrases, des mots, des collages, inscrits discrètement sur les murs. Chez elle, l’écriture participe d’un mouvement plus collectif, celui de trouver sa voie, de porter la voix, pour dire ce qui étouffe, et toujours avec esprit.

Lorsque le théâtre de Choisy-le-Roi m’a confié un des murs de son théâtre, j’ai immédiatement pensé à Rose. J’avais envie qu’elle puisse l’écrire et le dessiner. « Abdn », la frise qu’elle a réalisée témoigne à la fois de son rapport au monde, mais aussi de notre relation, puisqu’elle y a inscrit l’écho que certaines de mes pièces ont laissé en elle. C’est la première frise qu’elle réalise sur papier vierge, de cette dimension, comme une frise sur laquelle viennent se graver ses pensées, en spirales calligraphiques, qui épousent les chemins de traverse de l’esprit. » Marion Siéfert

« Petite frayeur, lorsque Marion me propose de réaliser une fresque pour le théâtre de Choisy. Petite frayeur parce qu'habituellement, je n'écris pas ailleurs que sur moi, dans mes carnets et sur quelques pubs du métro qu’il me semble primordial de mettre à jour. Défi accepté, loin d'être relevé, je me creuse la tête à propos de ce que je pourrais faire. Dessiner des tonnes de petits symboles farfelus et libres d'interprétation, c'était une chose. Mais, fallait du texte, parce qu'est c'est surtout ça que j'apprécie dans les pièces de Marion, la façon dont les choses à voir sont misent en mots.

« And we hate the popo, while they kill us in the streets.. » tiré d'une musique de l'album DAMN de Kendrick Lamar, musicien que nous estimons toutes deux et dont les paroles font aussi échos à une réalité française. La Police Tue. Et face à cela, il ne faut surtout pas la fermer, et ces deux bouches béantes représentent aussi cela. Peu importe l'oppression qui pèse sur nous, ne jamais la fermer, être toujours virulent dans l'expression de ses ressentis et sentiments. Et muer cela en quelque chose de plus grand que nous. Sur une surface de 1,30 par 4m, c'était une petite aventure.

« J'abandonne le projet », parce que oui, j'y ai pensé, j'me suis dit, que je ne serai potentiellement pas capable de faire quelque chose qui vaille la peine d'être montré, mais aussi, parce que dans Le Grand Sommeil une pièce de Marion qui m'a sacrément touchée, la protagoniste dans un moment de tourment scande ça, comme une sorte de mantra. » Ayoko Rose Folly